Fishers’ perceptions of river resources: case study of French Guiana native populations using contextual cognitive mapping

Longin G., Bonneau de Beaufort L., Fontenelle G., Rinaldo R., Roussel J.M., Le Bail P.Y.

Published date: January 2021
Volume: 45
Number: 1
Pagination: 005-020
Publisher: Société Française d'Ichtyologie
doi: https://doi.org/10.26028/cybium/2021-451-001
Notes:

Corresponding authors:
Louis Bonneau de Beaufort, louis.bonneau@agrocampus-ouest.fr
Pierre-Yves Le Bail, pierre-yves.le-bail@inrae.fr

Abstract

This study focuses on fishers’ perceptions of interactions between their practices and their environment. The study was performed in the upper section of the Maroni River in French Guiana, a relatively remote region in the tropical rainforest where subsistence fishing still occurs. We assessed the fishers’ perceptions of their relationship with the river by asking them about the state of natural resources, their fishing practices, nearby activities, and their way of life. Cognitive mapping was used to capture their individual viewpoints, especially those that formed a consensus with the other fishers. Regardless of their ethnic group (Aluku vs. Amerindian) or way of life (subsistence vs. commercial fishing), most fishers generally shared the same views. The main perception was that fishing is threatened by illegal gold mining, increasing use of fishing nets, and a loss of knowledge of fish behaviour by younger generations of villagers. Furthermore, fishers perceived an ongoing shift in their role and relationship with the fish resource, which is becoming increasingly commercially oriented, and since the river is no longer the only source of food. Detailed analysis of arguments put forward to explain these threats shows that this process originates from ill-managed Westernization, which has caused painful changes in lifestyles of local populations, especially Amerindians. This analysis can also provide local governments with mechanisms for action. Our results raise questions about the future of this region and suggest ways to protect its natural resources better. They can help decision makers respond to poorly understood informal fisheries and motivate local residents to contribute to sustainable management of a river’s natural resources.

Keywords: Amazonian River - Fishery management - French Guiana - Participatory modelling - Subsistence fishing
French abstract

Perception par les pêcheurs de leurs ressources fluviales : étude du cas des populations autochtones de Guyane à l’aide de la cartographie cognitive contextuelle

Dans un contexte de forte transition socio-économique au sein des populations Amérindiennes et Bushinengués, ces travaux visent à analyser la perception des pêcheurs sur les interactions entre leurs pratiques et leur environnement dans la partie haute du bassin du Maroni, au coeur de la forêt tropicale de Guyane française où la pêche de subsistance est encore très présente. Nous avons évalué le ressenti des pêcheurs des deux ethnies issues de sept villages (Pidima, Antecume-Pata, Twenké, Kayodé, Elahé, Papaïchton, Loca) concernant l’évolution de leur relation avec le fleuve en les interrogeant sur l’état des ressources naturelles, leurs méthodes de pêche, les activités à proximité et leur mode de vie. Nous avons choisi pour cela une approche d’entrevue semistructurée, avec des thèmes prédéfinis mais sans ordre précis, sous forme de questions ouvertes. La structuration de leur point de vue a été co-construite à l’aide de la cartographie cognitive pour définir les liens existant entre les concepts proposés ainsi que le sens et la force de leurs interactions. L’ensemble des cartes ainsi obtenues a été agrégé en vue de faire ressortir les opinions les plus partagées. Cette carte générale synthétique, peu lisible, a été soumise à différents filtres soit en ne retenant que les opinions les plus fréquemment évoquées, soit en généralisant les concepts à l’aide d’une ontologie hiérarchique, soit en analysant qu’une partie de la carte généralisée en fonction du questionnement scientifique (Cartographie cognitive contextuelle). Nous avons vérifié au préalable, grâce à un test de saturation, que le nombre d’enquêtes effectuées (45) était bien représentatif des différents points de vue de l’ensemble des pêcheurs du haut Maroni. Nous avons constaté qu’en dépit des groupes ethniques (Aluku vs Amérindiens) ou des modes de vie (subsistance vs économie de marché), la plupart des pêcheurs partageaient largement les mêmes opinions. Leur perception principale est que la pêche est menacée par l’extraction illégale de l’or, par l’utilisation croissante des filets de pêche monofilament et par une perte de connaissances de la biologie et du comportement des poissons par les jeunes générations de villageois. En parallèle, les pêcheurs perçoivent un changement constant de leur rôle et de leur relation avec les ressources halieutiques : ils pratiquent de plus en plus une pêche à visée commerciale dans un contexte où le fleuve, et son environnement forestier, n’est plus la seule source de nourriture. Une analyse détaillée des arguments avancés lors de la perception de ces menaces montre que ce processus provient majoritairement d’une occidentalisation mal maîtrisée (scolarisation, monétarisation de l’économie, accès à des biens de consommation…) qui entraîne un changement douloureux des modes de vie des populations locales, en particulier des Amérindiens. Dans ce travail, nous n’avons pas en-soi découvert de nouvelles menaces ou préoccupations perçues par les habitants du Haut Maroni. Mais nous avons mieux compris la construction intellectuelle de la perception de ces menaces, et surtout, nous les avons mieux formalisées afin de dégager des leviers d’action (meilleure maîtrise du phénomène d’occidentalisation, via un accès raisonné aux technologies et une meilleure adaptation de la scolarité aux traditions halieutiques locales et à l’écologie de l’environnement) pour les gestionnaires de l’environnement, et au-delà les responsables politiques. Pour être efficace et durable, l’utilisation de ces leviers d’action doit nécessairement émerger d’une co-construction entre pêcheurs, consommateurs et gestionnaires de l’environnement, en s’appuyant sur une gouvernance reconnue, à l’image d’un Conseil communautaire de la pêche qu’il faut réinventer. En complément, dans un contexte d’accroissement de la population et d’évolution de la consommation, une étude détaillée de cette transition alimentaire devrait être entreprise rapidement afin de l’intégrer dans le plan de gestion durable des stocks halieutiques de ce territoire.

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